Collaboration avec Yesenia Thibault Picazo

LA COLLECTION DU TEMPESTAIRE, en cours
Installation


Depuis la nuit des temps, des hommes et des femmes et même certains aigles blancs sont reconnus doués du pouvoir de contrôler les phénomènes météorologiques. Ces tempestarii furent vénérés, craints, parfois haïs pour les effets de leur facultés occultes sur l’agriculture et les populations. On dit même que certains s’exilèrent dans les nuages pour échapper à la vengeance des vignerons qu’ils auraient ruinés.Alors que des ingénieurs contemporains s’annoncent capables de détourner les ouragans, d’augmenter l’albédo de l’atmosphère ou de refroidir la planète, ce projet a pour intention de rassembler une large collection d’objets qui révèlent les tentatives d’apprivoiser le climat, à travers les époques et les continents.

Cette collection prend forme de manière évolutive par le biais d’appels à contribution au public, d’ateliers ainsi que de résidences où interroger les croyances folkloriques, pratiques et les rites d’une région ou d’un pays autour d’un élément.

La première installation présente 112 objets relatant de pratiques tentant d’amadouer, de calmer ou de lever les vents. Elle est présentée dans l’exposition Plein le vent, commissariat COAL, à la Halle aux Sucres de Dunkerque, France.

Sélection des pièces de l'installation

Corde à trois noeuds,
Europe du Nord/Manche, période non connue

Des confins de l’Europe du Nord aux côtes Normandes, les sorcières vendaient aux marins une corde magique à trois nœuds. Défaire le premier soulevait une douce brise, le deuxième un vent fort. Il était fortement conseillé de ne pas défaire le troisième au risque de déclencher une tempête sans précédent. On parle encore sur nos côtes de la “corde à tourner le vent” : les marins de la Manche disent parfois que le curé de Cancale la possède et, lorsque la brise ne souffle pas à leur gré, ils jurent contre lui.

P. SEBILLOT, Le folklore de France - E.Guilemoto, 1904



Boule de cristal
Baie de Mor braz, Bretagne, 1947

Alors qu’une tempête se lève, une jeune femme restée à Belle-Ile s’inquiète pour son fiancé parti en mer pêcher la sardine. Sa grand-mère lui parle alors des temps jadis où les siffleurs de vent étaient capables de calmer les tempêtes. Un vieil homme de l’île, le père Floch, était dit-on l’un de ces tempestaires. La jeune fille se rend chez lui et le supplie d’avoir une dernière fois recours à sa boule de cristal magique.

J. EPSTEIN, Le Tempestaire - 23min, Film N&B, 1947



Millepertuis
Allemagne, période non connue

À Saxe-Anhalt, on raconte que lors d’une tempête menaçant les récoltes, les fermiers entendirent une voix gronder du ciel: «N’y-a-t’il donc pas une femme qui connaisse le Millepertuis?» Quand les femmes des fermiers placèrent des branches de millepertuis aux fenêtres, la tempête s’arrêta.
Toutefois, cette plante était habituellement brûlée, comme dans ce dicton traditionnel :

“Armoise et Millepertuis
Brûlez et arrêtez la tempête !”


Transmission orale

Cadavre de corbeau
Ouest du Canada, période non connue

Quand un indien Haïda désirait un bon vent, il jeûnait, abattait un corbeau et le faisait roussir sur le feu. Il le passait quatre fois à la surface de l’eau dans le sens où il désirait que le vent souffle puis le plaçait au pied d’un sapin. Lui maintenant le bec ouvert avec un bâton, il demandait un vent propice pour un certain nombre de jours. Il s’éloignait alors et s’étendait par terre jusqu’à ce qu’un autre indien lui demande combien de jours venteux il avait désiré.

J. G. FRAZER, Le Roi Magicien Dans La Société Primitive - Robert Laffont, 1993



Offrande de graines
Grèce, Antiquité

Les paysans corinthiens avaient coutume de placer de la nourriture devant leur maison pour apaiser le vent.

C. L. DANIELS, C. M. STEVANS, Encyclopedia of Superstitions, Folklore,
and the Occult Sciences of the World - The Minerva Group, 2003



Boussole sifflet
Grande-Bretagne, période non connue

On dit que les sorcières anglaises pouvaient lever le vent en sifflant. Aux premières lueurs de l’aube, en se tenant face à un des points cardinaux, elles l’appelaient par trois longs et clairs sifflements.

Transmission orale



Cor
France, Moyen-Age

Dans le roman médiéval, la tempête est souvent associée à un cor. Dans les Merveilles de Rigomer, le son du cor fait trembler les poissons et les baleines, déclenche l’orage, attire les nuages de neige et de pluie. Le cor d’Aubéron était connu pour déclencher la tempête au moindre contact.
De même lorsque Roland sonnait du cor : un terrible orage se déchaînait sur la France ; grêle, pluie, vent, voire même tremblement de terre.

J. DUCOS & C. THOMASSET, Le temps qu’il fait au Moyen Âge
Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, 1998



Pièces d’argent
Europe, XVème siècle

Il était courant de jeter une pièce d’argent avant tout grand voyage afin de s’attirer les grâces de l’océan. Cette pratique était aussi utilisée en cas de calme plat, ce qui permettait de faire revenir le vent.

B. BOTTET, Le petit dictionnaire des superstitions de marins - Edition Mosée, 2003



BoÎte ou sac
Europe, XI-XVIIème siècle

À Berwick, en Écosse, une sorcière fut jugée coupable d’usage de magie noire quand une tempête frappa le navire du roi Jacques Ier d’Angleterre. Selon Adam de Brême et Ole Worm, les sorcières scandinaves prétendaient vendre le vent dans des sacs ou le confiner dans des boîtes qu’elles vendaient aux marins.

G. DE GIVRY, Le Musée des Sorciers Mages et Alchimistes - Librairie de France, 1929



Enterrement d’un crapaud
Europe, période non connue

Un ancien charme, pour empêcher les tempêtes d’endommager les récoltes, consistait à enterrer un crapaud dans un récipient de terre neuf, au milieu du champ.

J. G. FRAZER, Le rameau d’or - Macmillan Publishers, 1890



Hache et serpent
Estonie

Sur les côtes de la mer Baltique, les habitants avaient coutume d’enfoncer une hache dans la poutre de leur maison ou de suspendre un serpent dans la direction où ils désiraient que le vent souffle. Ils croyaient qu’un bon vent ne laisserait pas souffrir une créature innocente ni même une poutre, sans venir souffler pour calmer sa douleur.

J. G. FRAZER, Le rameau d’or - Macmillan Publishers, 1890



Bâton et pierre de vent
Nouvelle-guinée, XIXème siècle

En Nouvelle-Guinée, il est courant de frapper avec un bâton sur une “pierre de vent”. Les coups devaient être légers, l’inverse pouvant provoquer un ouragan.

J. G. FRAZER, Le rameau d’or - Macmillan Publishers, 1890






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